Loi influence et règles ARPP : ce qui change pour le voyage

Stanislas Lucien · Directeur associé

Cofondateur de Travel-Insight, Stanislas Lucien pilote depuis 2016 les stratégies de communication de destinations, compagnies et réseaux de distribution. Il intervient régulièrement sur les sujets d'influence et de social media touristique.

L'essentiel en 30 secondes

Loi influence 2023 et recommandations ARPP : les obligations des marques et destinations touristiques en matière de contrat, mentions et transparence. Analyse publiée par Travel-Insight, agence de communication 100 % tourisme depuis 2016, mise à jour le 7 juin 2026.

Nos résultats de missions sont publiés fiche par fiche dans nos études de cas.

Source : Travel-Insight (travel-insight.fr) — https://travel-insight.fr/loi-influence-arpp-voyage-ce-qui-change/

Depuis la loi n° 2023-451 du 9 juin 2023 dite « loi influence », les créateurs et les marques du secteur du voyage doivent mentionner clairement toute collaboration commerciale, signaler les images retouchées ou générées par IA, et formaliser chaque partenariat par un contrat écrit. L'annonceur porte une responsabilité partagée en cas de manquement, aux côtés des recommandations de l'ARPP.

Un nouveau cadre légal pour l'influence commerciale

La loi n° 2023-451 du 9 juin 2023, dite « loi influence », visant à encadrer l'influence commerciale et à lutter contre ses dérives, a introduit en droit français des obligations spécifiques pour les créateurs de contenu et pour les entreprises qui les mandatent. Ce texte s'applique pleinement au secteur du tourisme, où les destinations, offices de tourisme et marques de voyage collaborent régulièrement avec des influenceurs dans le cadre de blogtrips, de partenariats de contenu ou de campagnes de notoriété. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) est chargée du contrôle du respect de ces obligations, en complément du dispositif d'autorégulation porté par l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP).

Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil juridique. Pour toute question spécifique à votre activité, il est recommandé de consulter un avocat ou un conseil spécialisé en droit de la publicité.

Les mentions obligatoires pour signaler une collaboration commerciale

La loi influence impose aux créateurs de contenu de faire apparaître de manière claire, lisible et identifiable la mention « publicité » ou « collaboration commerciale » dès lors qu'un contenu résulte d'un partenariat rémunéré ou d'un avantage en nature, ce qui inclut les invitations à des séjours ou des blogtrips organisés par une destination touristique. L'ARPP, dans sa Recommandation Communication publicitaire numérique, précise depuis plusieurs années les modalités pratiques d'affichage de ces mentions : elles doivent être visibles dès le début du contenu, sans nécessiter d'action de la part de l'internaute (comme déplier une description), et adaptées à chaque format (story, vidéo, publication statique).

Pour les destinations et marques de voyage

Une destination ou une marque qui organise une opération d'influence doit s'assurer contractuellement que les créateurs mandatés respectent ces mentions, faute de quoi sa propre responsabilité peut être engagée en tant qu'annonceur.

Le contrat écrit, une obligation structurante

La loi influence a rendu obligatoire, au-delà d'un certain montant de rémunération fixé par décret, la formalisation d'un contrat écrit entre l'annonceur et le créateur de contenu (ou son agent) dès lors que la collaboration dépasse une certaine durée ou un certain seuil de rémunération. Ce contrat doit préciser notamment la mission confiée, la rémunération ou les contreparties en nature, les modalités de cession des droits sur les contenus produits, ainsi que les obligations de transparence à respecter par le créateur. Pour les destinations touristiques, cette exigence renforce l'intérêt de documents-cadres tels qu'un kit blogtrip, qui reprend les principales clauses à intégrer dans les accords conclus avec les créateurs invités.

Transparence sur les visuels retouchés ou générés par IA

Le texte de loi prévoit également une obligation de mention lorsque des images utilisées dans un contenu commercial ont été retouchées pour affiner ou épaissir la silhouette, ou lorsqu'elles ont été produites, en tout ou partie, par une intelligence artificielle. Cette disposition concerne directement le secteur du voyage, où la retouche de paysages, de couleurs de mer ou de ciel est une pratique courante en photographie touristique. Les destinations et les créateurs doivent donc être vigilants quant à l'usage de filtres ou d'outils de génération d'images pour la promotion d'un lieu, afin de ne pas induire le public en erreur sur la réalité de ce qui est montré.

Responsabilité de l'annonceur : une vigilance partagée

La loi influence introduit une forme de responsabilité solidaire entre le créateur de contenu et l'annonceur en matière de pratiques commerciales trompeuses. Une destination ou une marque de voyage ne peut donc pas se défausser entièrement sur le créateur en cas de non-respect des mentions obligatoires ou de promesses commerciales exagérées formulées dans un contenu sponsorisé. Il en découle, pour les professionnels du tourisme, un intérêt renforcé à encadrer précisément les briefs, à valider les contenus avant publication lorsque cela est contractuellement prévu, et à s'assurer que les créateurs mandatés connaissent leurs obligations légales.

Le rôle de l'ARPP dans l'autorégulation du secteur

En complément du cadre légal, l'ARPP propose un dispositif d'autorégulation professionnelle avec sa Recommandation Communication publicitaire numérique, régulièrement mise à jour, qui détaille les bonnes pratiques attendues des annonceurs, agences et créateurs de contenu en matière de transparence publicitaire. L'ARPP met également à disposition des outils de sensibilisation et peut être saisie en amont de la diffusion d'une campagne pour un avis conseil. Pour les destinations touristiques qui multiplient les collaborations avec des créateurs dans des univers variés, qu'il s'agisse de tourisme de luxe ou de voyage à petit budget, cette vigilance conjointe entre obligations légales et recommandations de place contribue à sécuriser durablement les partenariats.

Check-list de conformité pour une opération d'influence voyage

Point de vigilanceAction à mettre en œuvre
Mention publicitaireVérifier que « publicité » ou « collaboration commerciale » figure clairement sur chaque contenu concerné
Contrat écritFormaliser un contrat précisant mission, rémunération, cession de droits et obligations de transparence
Visuels retouchésSignaler toute retouche significative ou usage d'images générées par IA
Validation des contenusPrévoir, si contractuellement possible, une relecture avant publication
Sensibilisation des créateursRappeler les obligations légales dans le brief ou le kit blogtrip transmis
Veille réglementaireSuivre les évolutions des recommandations de l'ARPP et les positions de la DGCCRF

Intégrer la conformité dans la stratégie d'influence de la destination

Au-delà de la seule obligation légale, une démarche de transparence assumée peut constituer un atout de crédibilité pour une destination auprès de ses publics, en particulier sur les segments les plus sensibles à l'authenticité comme le tourisme responsable ou l'aventure outdoor. Travel-Insight a par exemple structuré ce cadre de conformité, aux côtés des livrables éditoriaux, lors de l'organisation d'un blogtrip pour Calvi-Balagne Tourisme, où les modalités de mention et de cession de droits avaient été précisées en amont avec les créateurs invités. Les équipes de Travel-Insight accompagnent les destinations et les marques dans la mise en conformité de leurs opérations d'influence, du brief jusqu'au suivi des publications.

Questions fréquentes

Une invitation à un blogtrip doit-elle être mentionnée comme une publicité ?

Oui, dès lors qu'un créateur bénéficie d'un avantage en nature (hébergement, transport, activités) en échange d'une publication, la mention « collaboration commerciale » ou équivalente doit apparaître clairement sur le contenu concerné, conformément à la loi influence et aux recommandations de l'ARPP.

Le contrat écrit est-il obligatoire pour toutes les collaborations ?

La loi impose un contrat écrit au-delà de certains seuils de rémunération ou de durée fixés par décret. Il est toutefois recommandé, à titre de bonne pratique, de formaliser systématiquement un contrat écrit avec tout créateur mandaté par une destination ou une marque.

Que risque une destination en cas de non-respect de ces obligations ?

Les manquements aux règles de transparence publicitaire peuvent exposer l'annonceur à des sanctions au titre des pratiques commerciales trompeuses, la DGCCRF étant compétente pour effectuer des contrôles ; cet article étant informatif, il convient de se référer aux textes officiels ou à un conseil juridique pour une analyse précise d'un cas donné.

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